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Angola et son fonds souverain : Défis de la diversification et enjeux de gouvernance

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En 2012, l’Angola lance le Fundo Soberano de Angola (FSDEA) pour mieux gérer une rente pétrolière qui a fortement augmenté après la guerre civile. Doté d’emblée de 5 milliards de dollars issus des recettes d’hydrocarbures, le fonds est conçu comme un outil de stabilisation budgétaire, d’épargne de long terme et de soutien à l’investissement. Dans un pays où le pétrole fournit la majorité des recettes publiques et des devises, il doit réduire la vulnérabilité aux chocs de prix.

Sur le plan macroéconomique, le FSDEA remplace un mécanisme antérieur centré sur le financement d’infrastructures. Son architecture prévoit le versement au fonds d’une fraction des recettes pétrolières lorsque les cours sont élevés, avec l’idée de constituer une réserve mobilisable en cas de retournement. Cette logique contracyclique vise à lisser les revenus de l’État et à éviter des ajustements budgétaires brutaux en période de baisse des prix. En parallèle, le fonds doit accumuler un patrimoine financier transmissible aux générations futures, afin d’atténuer le caractère épuisable de la ressource pétrolière.

Le mandat du FSDEA inclut aussi la promotion de la diversification économique. Une partie des ressources est destinée à des projets en Angola, dans les infrastructures, l’agro-industrie ou le tourisme, en complément de l’action de l’entreprise pétrolière publique Sonangol et d’autres sociétés d’État. Toutefois, dès le milieu des années 2010, la stratégie d’allocation met l’accent sur les placements extérieurs. Plusieurs milliards de dollars sont confiés à des véhicules de capital-investissement gérés depuis l’étranger, principalement par la société suisse Quantum Global, avec des fonds thématiques investis dans les infrastructures, l’énergie, les plantations forestières ou l’hôtellerie, souvent via des structures domiciliées dans des centres financiers offshore.

Ce recours aux plateformes internationales répond à plusieurs contraintes. Le marché financier angolais reste peu profond, ce qui limite sa capacité à absorber des montants importants sans tension sur les prix d’actifs. Les structures offshore offrent un cadre juridique familier aux investisseurs institutionnels et facilitent les co-investissements avec d’autres fonds ou banques de développement. Elles permettent également de mutualiser les risques et de mobiliser une expertise spécialisée pour des actifs illiquides ou de long terme. Mais la multiplication de sociétés véhicules dans des juridictions extraterritoriales rend la lecture du portefeuille plus difficile pour le public et les institutions de contrôle, et alimente les interrogations sur la traçabilité des flux, le niveau des commissions et la répartition des risques entre l’État et ses partenaires privés.

La gouvernance du FSDEA cherche, sur le papier, à s’aligner sur les standards internationaux. Le fonds adhère aux « principes de Santiago » et est membre du Forum international des fonds souverains, ce qui implique une certaine transparence sur les objectifs, la structure de gouvernance et la gestion des risques. Un conseil d’administration nommé par le président de la République définit la politique d’investissement, supervise son exécution et rend compte au ministère des Finances. Des audits externes sont prévus et des informations agrégées sur la composition du portefeuille sont publiées, même si les détails restent limités pour certains véhicules.

Dans la pratique, plusieurs éléments ont toutefois fragilisé l’image du fonds. La nomination en 2013 de José Filomeno dos Santos, fils de l’ancien chef de l’État, à la présidence du FSDEA a renforcé les perceptions de proximité entre pouvoir politique et gestion des actifs. La forte concentration des placements auprès de Quantum Global a suscité des critiques sur le risque de conflits d’intérêts et sur l’ampleur des frais de gestion. À partir de 2017, des enquêtes journalistiques et des procédures judiciaires dans plusieurs juridictions mettent en lumière le rôle des structures offshore et interrogent la solidité des contrôles internes. Même si certaines décisions de justice aboutissent à la levée de gels d’avoirs ou au rejet d’accusations spécifiques, le débat public sur la gouvernance et l’utilisation de la rente s’intensifie.

L’arrivée de João Lourenço à la présidence en 2017 marque un tournant dans ce contexte. Son programme de lutte contre la corruption et de réforme du secteur public intègre la question du FSDEA, aux côtés de la restructuration de grandes entreprises d’État. Le dirigeant du fonds est remplacé, les relations contractuelles avec Quantum Global sont renégociées ou rompues, et les autorités angolaises engagent des démarches pour reprendre le contrôle direct d’une partie des actifs logés à l’étranger. Parallèlement, le cadre juridique est ajusté pour clarifier la chaîne de responsabilité, renforcer l’audit externe et mieux articuler le rôle du fonds avec la gestion de la dette publique, des réserves de change et le programme de réformes appuyé par le Fonds monétaire international.

Au début des années 2020, la nouvelle équipe met en avant une approche plus prudente, combinant actifs financiers internationaux liquides et investissements ciblés, notamment en Angola et dans la région. La valeur déclarée du portefeuille, aujourd’hui légèrement inférieure à 4 milliards de dollars, reflète les retraits, les fluctuations de marché et les opérations de restructuration menées après les litiges. Des partenariats sont mis en place avec des gestionnaires d’actifs locaux afin de diriger une partie des ressources vers le financement des PME, d’infrastructures sociales et de projets contribuant à la diversification hors pétrole. À moyen terme, la crédibilité du FSDEA dépendra de la capacité des autorités à maintenir des règles claires d’alimentation et de retrait, à renforcer la transparence sur les investissements offshore et à démontrer l’impact du fonds sur le développement économique, au-delà des seuls indicateurs financiers.

Publié le 09 January 2026

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