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Ghana : l’alerte rouge sur les banques publiques Entre secours urgent et défi de gouvernance

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La crise bancaire qui secoue le Ghana à partir de 2017 n’est pas un accident isolé, mais l’aboutissement de fragilités anciennes. Elle révèle la façon dont des faiblesses de gestion, une supervision incomplète et des choix politiques peuvent se transformer en coûts massifs pour les finances publiques. Le renflouement des banques publiques, très visible dans ce processus, cristallise les débats sur la gouvernance financière et la transparence de l’action de l’État.

Avant même les fermetures d’établissements, les signaux d’alerte étaient nombreux. Des examens de qualité d’actifs au milieu des années 2010 ont mis en évidence des banques sous-capitalisées, avec des ratios de prêts non performants très élevés. Dans plusieurs institutions, la croissance du crédit reposait sur des expositions concentrées, parfois liées à des parties apparentées, et les banques publiques chargées de financer des secteurs stratégiques ont été particulièrement touchées lorsque les projets soutenus se sont révélés moins rentables que prévu.

Dans ce contexte, La supervision n’a pas pleinement joué son rôle de garde-fou. Plusieurs travaux soulignent un recours prolongé à une tolérance réglementaire : les autorités ont laissé persister des situations de faiblesse capitalistique plutôt que d’imposer rapidement des recapitalisations ou des résolutions. Cette stratégie a permis de gagner du temps, mais a aussi laissé s’accumuler les pertes et les engagements implicites de l’État, rendant la facture finale bien plus lourde.

À partir de 2017, le régulateur opte pour une rupture nette. Plusieurs licences de banques commerciales sont révoquées, des dizaines d’institutions de microfinance et de crédit sont fermées ou placées en liquidation, et une banque de transition est créée pour reprendre les dépôts et certains actifs. En parallèle, le capital minimum exigé des banques est relevé à 400 millions de cédis, ce qui oblige l’ensemble du système à se recapitaliser rapidement afin de restaurer la confiance des déposants.

C’est dans ce cadre que se pose la question spécifique des banques publiques. Certaines sont jugées solvables à long terme, mais incapables d’atteindre seules le nouveau seuil de capital. Leur disparition aurait entraîné une perte de capacité de financement dans des secteurs clés et envoyé un signal inquiétant au marché. Le gouvernement choisit donc de les renflouer, non pas directement via le budget, mais en créant un véhicule dédié, le Ghana Amalgamated Trust (GAT), financé notamment par des fonds de pension locaux.

Le mandat du GAT est double. Il s’agit d’injecter des fonds propres dans un groupe de banques à contrôle indigène, dont plusieurs établissements publics, et d’accompagner leur transformation pour améliorer rentabilité et gouvernance. En échange, le véhicule obtient des participations significatives et une présence renforcée dans les conseils d’administration. Sur le papier, les banques sont sauvées sous conditions : rationalisation des réseaux, amélioration de la gestion des risques et meilleure conformité réglementaire.

L’effort financier reste toutefois considérable. Les estimations officielles situent le coût cumulé du nettoyage – renflouements bancaires, protection des déposants, banque de transition et GAT – à environ 21 milliards de cédis, soit un peu plus de 3 % du PIB. En tenant compte de ces charges, les rapports sur la dette montrent un ratio dette/PIB durablement supérieur à 60 %, et les budgets récents indiquent que la facture associée au secteur financier s’approche désormais de 30 milliards de cédis.

À court terme, le pari de la stabilité est pourtant gagné. Une panique bancaire généralisée est évitée, les dépôts des ménages et des entreprises sont préservés et plusieurs indicateurs de solidité s’améliorent. Le ratio de prêts non performants recule après les premières vagues de restructuration, tandis que les banques restantes présentent des fonds propres plus élevés et une meilleure liquidité. Pour les banques publiques, la recapitalisation permet de continuer à financer des segments jugés prioritaires, tout en respectant les nouvelles exigences prudentielles.

La contrepartie se voit sur le plan macroéconomique. En augmentant la dette domestique et les garanties implicites, les renflouements réduisent l’espace budgétaire disponible pour l’investissement public et les politiques sociales. Ils resserrent aussi le lien entre bilan bancaire et bilan souverain, car les banques publiques recapitalisées par des titres d’État restent fortement exposées à la dette. Lorsque la crise de soutenabilité impose une restructuration des obligations domestiques, les pertes sur ces titres entament de nouveau les fonds propres bancaires.

Les débats sur la gouvernance sont à la mesure des montants engagés. Les autorités mettent en avant le ciblage des interventions et les conditions imposées en matière de redressement. De nombreuses analyses soulignent au contraire les zones d’ombre : critères de sélection des banques, articulation entre objectifs commerciaux et mandats publics, risque d’aléa moral pour des établissements qui anticipent un sauvetage. La question centrale devient celle des incitations : le nouveau dispositif réduit-il réellement la probabilité d’un futur renflouement ?

L’expérience ghanéenne montre que le renflouement des banques publiques peut être un outil nécessaire de gestion de crise, mais qu’il ne remplace ni une supervision rigoureuse ni une gouvernance exigeante des entreprises publiques. Stabiliser le système financier a permis d’éviter un effondrement plus coûteux, au prix d’un alourdissement de la dette et d’une interdépendance accrue entre État et secteur bancaire. La crédibilité de la réforme dépendra de la transparence sur l’usage des fonds, du suivi de la performance des banques recapitalisées et de scénarios clairs de désengagement de l’État.

Publié le 05 January 2026

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